Artistes et intervenants

GILLES EBERSOLT
À l’énoncé du CV de Gilles Ebersolt, on comprend vite qu’il est, a été, et restera, un architecte atypique, mu par une vision beaucoup plus large que le simple domaine de l’architecture. L’imagination au pouvoir lui a dicté bons nombres d’ouvrages pudiquement appelés « Hors sol » des réalisations poétiques confinant au rêve. Ainsi, le Radeau des Cimes, qui a permis à Francis Hallé, spécialiste des forêts tropicales, de mener les expéditions scientifiques sur la canopée de ces forêts primaires ; la Ballule qui dévale rivières (chutes du Hérisson) et montagnes (Mont Fuji), et qui transformée en aquarium flottant à l’avantage de pouvoir dériver sur des cours d’eau.
Une appréhension du monde spirituelle autant que terre-à-terre puisque, ingénieur de ses propres vues de l’esprit, Gilles Ebersolt trouve toujours les moyens techniques qui permettent à l’impossible de voir le jour. Disons qu’il s’y entend pour faire fonctionner des lieux dont on n’aurait pas même l’intuition.
Cet inventeur architecte qui parle « d’unité rossignol », « de constructions à vocation catastrophique » sait parfaitement assumer cette part d’imprévu qui reste le moteur du plaisir du constructeur et des utilisateurs.
La nature tient une importance primordiale dans l’imagination de Gilles Ebersolt. Le besoin de confrontation avec les éléments, il est aussi navigateur), l’ont sans doute poussé à installer son espace de création au cœur même d’un village du Limousin qui ne compte pas deux-cent habitants. C’est autour d’un axe privilégié Paris – Villefavard, qu’il développe une série de réalisations : demeures privées et projets publics où l’on reconnaît la touche de cet adepte d’une architecture non ostentatoire et économe. (Il a, entre autres, rationalisé la récup.). C’est là aussi qu’il organise des cessions de travail entre amis architectes et artisans, ou pour des étudiants en architecture, à ces occasions lui-même met la main à la pâte, car il garde de l’expérience des expéditions du Radeau des Cimes ce besoin de partager le plaisir d’être immergé totalement dans un projet. Dans ses maisons particulières, on retrouve l’amour du jeu dans l’attention privilégiée apportée aux surfaces de circulation : escaliers à multiples passerelles et couloirs prennent des proportions parfois vertigineuses. La double circulation offrant la possibilité de faire des apparitions comme celle de se dérober à la vue. Du Limousin aussi, partent des projets destinés au monde entier, de Green Peace en Alaska, à Jacky Chan en Chine.
Si la pensée s’envole, le personnage lui demeure étrangement carré. Gilles Ebersolt reste attaché à la sincérité de ses constructions autant qu’à leur efficacité, se défiant constamment de l’obligation d’originalité.

JACQUES TASSIN
Chercheur en écologie végétale au centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), Jacques Tassin se distingue comme un penseur contemporain de l’écologie. Scientifique atypique, il plaide pour une écologie basée sur notre relation sensible à l’altérité vivante. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Penser comme un arbre, Je crois aux arbres, Pour une écologie du sensible ou encore le livre du film Le chêne.

LE FILM
Notre regard sur le vivant connaît aujourd’hui de profondes mutations. C’est comme s’il reprenait soudainement place et vie sous nos yeux. Nous découvrons la plante elle-même depuis bien peu, et avec beaucoup de retard, puisque la botanique et les sciences du végétal ne remontent qu’au XVIIIe siècle.
Nous redécouvrons l’arbre comme une entité vivante, extraordinairement complexe, sensible à ce qui l’entoure, une entité active et réactive, pleinement insérée dans le monde, au ras du monde.
Mais de ses feuilles, des feuilles qui composent l’arbre, que savons-nous vraiment ?
Les feuilles sont partout et nous ne les voyons pas. Ce sont elles qui, par cette merveilleuse alchimie qu’est la photosynthèse, mènent la danse du vivant. Car c’est par les feuilles que la lumière du soleil se transfigure en matière vivante.
Comment le dire autrement ? Notre monde est ce qu’il est parce qu’il s’agit d’abord d’un monde enfeuillé.
Observons comment se conjuguent nos regards sur les feuilles, selon des disciplines diverses : la botanique et la biologie végétale, mais aussi la philosophie, les arts, l’histoire des arts, et même l’urbanisme. Ces regards s’affinent naturellement, mais aussi, et ce qui est nouveau, s’entrecroisent et s’enrichissent mutuellement.
Comment regardons-nous les feuilles aujourd’hui ? Et que savons-nous d’elles, de leurs extraordinaires prouesses ?
C’est ce que ce documentaire invite à découvrir. C’est de l’hybridation des regards que naissent les savoirs les plus profonds, les plus ancrés dans les réalités, et peut-être aussi les plus fiables. Et c’est de cette hybridation des regards, qui se met en place aujourd’hui jusqu’à réunir les arts et les sciences, que se dessine déjà un regard commun et nouveau sur la feuille.
Nos enfants verront dans la feuille, bien mieux que nous ne l’avons fait, une interface vivante, un lien immédiat entre le vivant et le non-vivant, une unité facilitatrice de la vie.
Ils intégreront les feuillages à l’aménagement des villes et au fonctionnement urbain. Sans doute réaliseront-ils, au bout du compte, que les feuilles des arbres détiennent les clés de notre devenir, y compris de notre devenir dans les villes de demain.
Une communauté de destins se révèle entre les communautés de feuilles et les communautés humaines. Dire cela, c’est tout simplement rendre compte de la réalité.
ÉRIC FABRE
Président de l’association Francis Hallé pour la forêt primaire
Quelques mots sur l’association :
Elle a été créée le 26 février 2019 par 13 fondateurs au monastère de Sainte Croix (Drôme). Scientifiques, citoyens, militants associatifs, tous d'origines très diverses, ils décidèrent de donner vie aux côtés de Francis Hallé à son idée géniale de « faire renaître une forêt primaire en Europe de l’ouest ». Aujourd’hui l’association compte 4600 adhérents, dans 17 pays différents ( l’essentiel en France bien entendu). Qualifiée d’intérêt général environnemental, elle a acquis une grande reconnaissance à tous les niveaux institutionnels ( de l’Europe, au terrain le plus local) et participe à de nombreux groupes de travail ou évènements autour des enjeux de protection de la forêt et de libre évolution ( UICN, UNESCO, etc.). Elle construit son projet hors norme au travers d’expertises scientifiques, de concertations et de constructions partagées sur le terrain de propositions qui visent d’une part à préciser les lieux, la nature et les enjeux de ce futur grand espace forestier en protection forte, mais aussi d’autre part à fonder les nouvelles politiques publiques nécessaires.
Quelques mots sur le projet :
L’idée visionnaire de Francis Hallé, la renaissance d’une forêt primaire en Europe de l’ouest, s’est concrétisée dans le projet de création des conditions d’émergence d’un très grand espace forestier sur un temps très long. L’espace c’est celui d’un écosystème faune-flore cohérent (70 000 ha), le temps c’est celui de la sylvigénèse nécessaire (700 ans), la condition c’est la libre évolution. Au-delà de l’enjeu, déjà essentiel, de la transmission ainsi d’un patrimoine naturel aux générations futures, il s’agit pour poser les fondations de ce projet, de répondre à une question centrale de la transition écologique aujourd’hui: dépasser l’insuffisance criante des politiques actuelles et s’attaquer à la mise au point de solutions de grande échelle en matière de protection forte des espaces naturels. Faire une vraie place à la nature. Quels outils et méthodes d’aménagement du territoire ? Quels modes d’association des citoyens et acteurs locaux ? Quels imaginaires autour d’un nouveau récit de la forêt, de la nature, de nos rapports au sauvage ? Quels aménagements, équipements, pour un rapport plus équilibré avec les autres composantes du vivant ? Nous travaillons toutes ces questions et aujourd’hui de premières productions sont nées de nos travaux. Cette forêt primaire en construction sera un extraordinaire laboratoire de la libre évolution à ciel ouvert, non seulement stockeur de carbone et producteur de biodiversité, mais pôle de recherches variées et facteur de développement territorial. Transfrontalier ( France, Allemagne, Belgique), il porte en lui la promesse d’un véritable CERN européen de la forêt.

BASILE BRÉMAUD
Basile Brémaud est unanimement reconnu comme un des meilleurs connaisseurs actuels du répertoire traditionnel des violoneux d’Auvergne et du Limousin. Il est également sculpteur d'oiseaux et de cuillères en bois. Il en parle en ces mots :
« Quand je suis en train de sculpter une cuillère en bois, quand je suis en train de jouer une bourrée, ma main et mon esprit sont reliés par un état de concentration extrême. Pourtant quand la main agit, l’esprit se libère et accède à une qualité de présence au monde aiguë. Bien sûr d’autres pratiques pourraient me faire accéder à cette transcendance de mon quotidien. Mais en cherchant dans mon environnement proche, tant culturel que naturel, les matériaux de ma pratique, j’ai le sentiment d’être dans une forme de justesse et d’harmonie. »

QUATUOR AKILONE
Parallèlement à une carrière internationale et poussé par le besoin de tisser un lien complice avec l’auditeur, le Quatuor à cordes Akilone ouvre son chant à tout type de public grâce à sa collaboration avec les associations Les Concerts de Poche et Musethica.
Akilone sur un fil, un jeu tout en couleur, qui permet d’avoir la tête dans les nuages tout en gardant les pieds sur terre.

FRÉDÉRIC BRENDEL
ONF - Technicien forestier territorial, membre du réseau Habitats-flore
Unité territoriale Grand Ouest

